Poèmes rédigés par les 1ES2 après leur visite du Panthéon, du mémorial de la Shoah et leur rencontre avec un rescapé d’Auschwitz M.Daniel Urbejtel

Poèmes rédigés par les 1ES2 après leur visite du Panthéon, du mémorial de la Shoah et leur rencontre avec un rescapé d’Auschwitz M.Daniel Urbejtel

Rêves et jouets

 

 

Avant d’arriver dans ces camps, ils n’étaient que des enfants
Ils avancent dans ces lieux effrayants cherchant parfois leur maman
Une partie d’eux n’existe déjà plus, on a détruit leurs rêves
Ils déambulent l’air perdu, les mots figés entre leurs lèvres

Dans leurs yeux encore marqués par l’innocence se cachent des êtres vivants
Leur corps entier exprime la souffrance et semble crier, impuissant
Les larmes ne parviennent pas à couler
Les armes ont depuis longtemps pris le relais

Le visage est décharné, plus aucune once de gaieté
Ils aimeraient parler de ce que jadis furent leurs jouets
Mais ce ne sont que des ombres sans aucune énergie, avançant sans envie
Ce lieu sombre leur a volé la vie et les entraîne dans la nuit

Condamnés à la mort pour seul motif la race
On cherche à détruire leurs corps, il ne faut plus aucune trace
Quels sont ces nuages noirs qui volent au dessus du camps ?
Ce sont seulement des pages brûlées de milliers d’histoire qui disparaîtront avec le temps

La pluie tombe sur ce que fut jadis l’humanité
Elle est d’une couleur étrange et chasse la fumée
Les corps inertes en sont recouverts doucement
La vie reprend certes son cours mais sous une pluie de sang

Une simple poésie ne peut cependant faire le récit de ce que fut cette folie

Je suis Daniel Urbejtel

 

 

De Drancy à Auschwitz, enfant au statut juif
Ma jeunesse est traquée par la créature
Vêtue de noir, parée de haine et d’injures
Mon esprit, ma vie maintenant piqués au vif

Mon combat commence, rejeter la soumission
Mon corps s’amaigrit, lutter contre la maladie
Contre le typhus, le scorbut, la dysenterie
Toujours refuser la déshumanisation

Il me faut résister, à treize ans, être fort
Pourquoi suis-je là, pourquoi s’en prendre à moi ?
Peu importe, je dois me battre encore et encore
Oublier les kapos, la faim, les coups, le froid

Janvier quarante-cinq, la marche de la mort
Neuf jours d’errance et de nouvelles souffrances
J’ai survécu, j’ai barré la route à la mort
Je suis de retour à la vie, à l’espérance

Je suis Daniel Urbejtel, un homme libre
Jamais je ne reverrai malheureusement mes parents
Alors pour eux, pour des millions d’innocents
Victimes de la barbarie, empêchés de vivre
Je témoignerai, je porterai leur mémoire
Je dénoncerai la xénophobie, les idées noires.

Rescapé de l’enfer

 

 

Au musée de la Shoah nous avons trouvé
Daniel Urbejtel, un ancien juif français,
Muni de son micro il nous a transportés
Dans ses années passées où il fut déporté.

A douze ans, il perd à tout jamais ses parents,
Il reste dans un orphelinat pendant deux ans,
Puis il fut raflé et déporté vers les camps,
Dans les wagons cadenassés des Allemands.

Rasé, déshabillé puis tatoué au bras,
Il est rabaissé comme s’il ne comptait pas,
Pour ces nombreux juifs c’était le même combat
Résister ou risquer de perdre son shabbat.

Nourri de pain, de soupe et de charcuterie,
Son corps maigrit pendant que son âme s’enfuit,
L’envie de dire adieu à la vie grandit
Tel un chien en laisse, il se sent démuni.

Toute la journée il creuse des tranchées
Portant les mêmes habits qu’à son arrivée,
Un regard vide et des mouvements enchaînés
Il se sent prisonnier, les mains enchaînées.

Le camp ennemi avance et il doit partir,
Il prend sa miche de pain et, sans un sourire
Part aux marches de la mort. L’envie de vomir.
Son frère et lui, ne s’arrêtant pas de faiblir.

Plongé dans un coma et perdant la mémoire,
Daniel se réveille et reprend un peu d’espoir.
Il peut maintenant s’admirer dans un miroir,
Respirer et prononcer le mot “victoire”.

Daniel, toujours vivant et toujours souriant,
Continue de témoigner aux adolescents,
Aux petits enfants et à tous les grands parents,
Une incroyable histoire, un retour dans le temps.

B3946

 

 

Je suis un homme, je suis apte au travail.

Je suis robuste car l’encre de tatouage est gravée dans ma chair.

Je suis fort puisque mes capacités physiques me permettent
de décharger des wagons de charbon à mains nues.

Les protections et les outils sont inutiles pour les travaux
manuels, mes mains seules servent à me contenter.

Je suis un homme car je peux travailler avec acharnement
chaque jour sans exprimer la moindre fatigue.

Quand il fait très froid je n’ai besoin de peu de vêtements
pour me couvrir, le travail et l’effort suffisent pour me réchauffer.

Je suis un Homme car je résiste à la Mort, elle n’atteint que les plus faibles.

Je reste insensible aux émotions puisque elles freinent l’avancée dans la besogne.

Mais tout cela n’est que propagande.

J’ai 13 ans, je suis juif, j’ai été déporté d’Auschwitz et j’ai survécu.

Misère de guerre  

 

Hier, dès lors que fut éteinte la douzième bougie, notre capitale, par les nazis, aussitôt fut envahie.
Ils débarquèrent ici par centaines, de chacune de leur personne émanait la haine.
En quête du pouvoir jouissif, étaient arrêtés tous ceux qui s’avéraient être juifs.
Nos parents détenant l’étoile jaune, ne demeuraient maintenant plus que des fantômes.
Tous aimantés à l’odeur du sang, les antisémites évidemment, adoptaient comme mentor l’atrocité, finiront-ils un jour par retrouver leur humanité ?

 

Aujourd’hui, dans ce wagon noyé par l’obscurité, ces corps dépourvus de vie, on ne les entend même plus crier.
La fumée virevoltante au dessus de ces âmes vagabondes, est-il réellement envisageable d’écorcher autant de monde ?
Le trajet demeure interminable, sous le gouvernement de ces hommes méconnaissables.
D’innombrables quantités d’individus jonchent le sol, croyez-moi ceci est loin d’être une hyperbole, certains parviennent encore à tenir debout, tandis que d’autres sont désormais à genoux.
Quand tout à coup, à notre plus grand étonnement, le train immobilise ses roues dans un crissement, la porte coulisse, la lumière crue rencontre enfin mes iris.
Nous voilà arrivés.

 

Demain, dès lors que s’allumera le premier rayon, de tous leurs êtres, les oiseaux chanteront, ils chanteront au rythme du sang qui se propagera dans nos veines, ils chanteront des chansons douces et sereines, car même si rien n’égalera la peur ni la douleur, encore battant sera notre coeur, notre histoire sera éternellement gravée dans notre mémoire, enfin récompensés de ne jamais avoir perdus espoir, car notre enfance dans les camps on l’a passée, et ceci n’est autre que la piètre réalité.

SOUFFANCE

 

 

Nous étions parqués comme des bêtes
Dans ce train en direction des enfers.
L’incompréhension présente dans ma tête
Égaré, perdu sur ce Styx de fer.

Nous étions exposés comme du bétail
A l’entrée de ce camp, scindés en deux groupes
L’un voué à la Mort, l’autre à l’épuisant travail.
J’ai été pris dans le second. Une erreur? Sans doute.

Une fois dépouillés, tatoués, rasés, changés
La routine infernale se préluda.
Réveillé, appelé, travailler, rationnés
Vivre dans la crainte du trépas.

Je pensais que ce calvaire était révolu
Quand ,hélas , mon âme sombra dans les abysses.
Seul dans les ténèbres ,mon heure était-elle venue ?

Sortie des profondeur ,plongé dans une paix reconnue
Comment des hommes ont-ils pu commettre de telles immondices ?
J’ai retrouvé mon frère et ma sœur, quelle chance qu’on ait tous les trois survécu !

1321

 

 

Dans le convoi 77,
les pensées vont et viennent, au rythme entraînant des pleurs
qui bercent les coeurs.
Ils sont des oiseaux, dont les ailes blanches sont tachées par des crachats auxquels ils ne peuvent échapper.
Il fait sombre ici, pas une lueur d’espoir, aucun rayon de soleil qui n’atteint leur plumage.
Tous sont de belles colombes, mais le poids du malheur les cloue au sol: ils pensent, faute de pouvoir voler.
Il fait si froid, un froid de mort et leur coeur se meurt face au feu des injures auxquels ils font face.
Ils savent qu’il se dirigent vers un enfer où on leur reproche de croire en Dieu.
Ils souffrent et pleurent mais Yahweh les attend aux cieux.
Ils étaient de belles colombes.
Dans le convoi 77.

SOUFFANCE

 

 

Nous étions parqués comme des bêtes
Dans ce train en direction des enfers.
L’incompréhension présente dans ma tête
Égaré, perdu sur ce Styx de fer.

Nous étions exposés comme du bétail
A l’entrée de ce camp, scindés en deux groupes
L’un voué à la Mort, l’autre à l’épuisant travail.
J’ai été pris dans le second. Une erreur? Sans doute.

Une fois dépouillés, tatoués, rasés, changés
La routine infernale se préluda.
Réveillé, appelé, travailler, rationnés
Vivre dans la crainte du trépas.

Je pensais que ce calvaire était révolu
Quand ,hélas , mon âme sombra dans les abysses.
Seul dans les ténèbres ,mon heure était-elle venue ?

Sortie des profondeur ,plongé dans une paix reconnue
Comment des hommes ont-ils pu commettre de telles immondices ?
J’ai retrouvé mon frère et ma sœur, quelle chance qu’on ait tous les trois survécu !

Pour ne pas oublier

 

Petit, j’étais insouciant mais
Le jour de mes douze ans tout a changé
Ce jour-ci j’ignorais pourtant
Que je ne reverrai plus mes parents.

A l’orphelinat, j’ai été emmené
Sans questions, sans réponses, j’étais muet
Mon frère, ma soeur, je ne savais pas ce qu’ils devenaient
Puis dans un train, j’ai retrouvé mon frère aimé.

La vie a continué, des heures, des jours
Et on roulait sans jamais faire de détours
Et dans un wagon comme des lions en cage
Je lui avais promis de rester sage.

On entendait que des bruits silencieux
On ignorait ce qui nous attendait
Triés comme des animaux à l’arrivée
On était fatigué, épuisé, anxieux.

Par chance, on a été dans les travaux forcés
On a survécu à la sélection
Sans même se plaindre on ne s’arrêtait jamais
Etait-ce vraiment humain ces conditions?

Un jour je suis tombé et depuis le trou noir
Sans doute valait-il mieux ne rien voir.
Aujourd’hui, je tiens à raconter mon histoire

Afin qu’elle soit ancrée dans nos mémoires
Soyez en conscients en vous en dormant ce soir
Ce n’est pas une histoire, il faut me croire.

En effet, je suis saint et sauf, j’ai survécu
Malgré tout, de “Auschwitz” j’en suis revenu…

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